ERLIH, Charlotte. Bacha posh. Actes Sud junior. 181 pages. 13,50€

bp

Il est une coutume en Afghanistan : si une femme ne parvient à engendrer que des filles (car on sait bien que c'est la faute de la femme, dans ce cas-là, n'est-ce pas ?), une de ces filles est choisie et élevée comme un garçon (dans le secret familial). Jusqu'au moment fatidique de la puberté, où elle redevient femme. Farrukh a 15 ans, il a une bande d'amis, mais surtout il se passionne pour l'aviron. Barreur de son équipe, il rêve de l'emmener aux Jeux olympiques. Mais un jour, alors qu'il se douche, l'eau rougeoie à ses pieds. Farrukh doit redevenir Farrukhzad. Finies la lecture, l'écriture, les sorties dans la ville le visage au grand air, mais surtout fini l'aviron. Farrukhzad se rebelle, son équipe est qualifiée pour une grande compétition internationale, hors de question d'abandonner et de rester cloîtrée à la maison, cantonnée aux tâches ménagères.

Je n'ose imaginer les dégâts psychologiques que doit provoquer cette pratique des bacha posh. Jouissant de la plus grande liberté pendant 10 ans, celle réservée aux hommes, la plus élémentaire dans nos sociétés occidentales (sortir sans chaperon ni burqa, apprendre à lire...), ces jeunes filles, qui ont eu le temps d'intégrer leur identité masculine, doivent y renoncer à l'arrivée des premières règles. Renoncer d'un jour à l'autre à l'indépendance et l'autonomie, (re)devenir un être soumis, caché. Mais ce que ce roman met aussi en lumière, c'est le fait que cette situation est aussi difficile pour le père, qui perd un fils (même s'il en retrouve un autre dans la foulée, puisque la petite soeur de Farrukh devient bacha posh). Les hommes aussi sont limités dans leur liberté : interdiction de boire de l'alcool, obligation d'épouser une femme qu'ils n'ont pas choisie...

Un roman court, qui alterne les formes de récit (narration extérieure, journal intime...), sur les relations homme-femme en Afghanistan, la place de chacun dans la société, le poids de la religion et de la tradition, du qu'en dira-t-on, la liberté dans ce qu'elle a de plus précieux.

Dès 14 ans.