CARON, Aymeric. No steak. Fayard. 357 pages. 19,00€

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Végétarien depuis vingt ans (est-ce la cantine de notre lycée commun qui l'a définitivement converti ? ), le journaliste et chroniqueur Aymeric Caron nous explique pourquoi et comment l'humanité va devoir réduire drastiquement, voire supprimer la viande de son régime alimentaire. Il s'appuie pour cela sur huit principales raisons. Raisons écologiques : la production intensive de viande pollue (la fabrication d'un steak haché pollue autant que celle d'un sac Eastpak ! ) et prive paradoxalement une partie des habitants du monde de nourriture. Raisons comportementales : comment faire face à la dichotomie incompréhensible qui veut qu'on déteste certains animaux (insectes, reptiles, rats...) et qu'on en adore d'autres (nos toutous et chachounets). Sans parler de ceux qu'on bouffe et pour lesquels on ne ressent... rien (à part nos papilles gustatives, enfin, pour certains...). Raisons culturelles et spirituelles : l'industrie et les grands groupes agricoles incitent à consommer de la viande, parce que c'est dans nos traditions culinaires (voir la tête du Français moyen à qui on avoue timidement qu'on est végétarien) et que ça rapporte, alors que le végétarisme est prôné depuis des millénaires par des religions et systèmes de pensée. Raisons sanitaires : la viande n'est pas indispensable à notre organisme et l'homme, physiologiquement, n'est pas fait pour manger de la viande (longs intestins => digestion d'herbivore). Raisons morales : si nous mangeons des êtres vivants ("animaux non humains"), pourquoi alors ne pas manger notre semblable humain ?

Ce livre ne prêchera certes pas les convertis, qui sont déjà persuadés du bien-fondé du végétarisme, mais il a le mérite d'ouvrir le débat et de faire passer les hésitants du côté clair de la Force. Si après avoir lu cet ouvrage, vous avez encore envie d'acheter votre bidoche au supermarché, vous êtes courageux. Car le gros avantage de ce livre (mais si certains ayatollahs végans crieront au scandale), c'est de ne pas faire dans le prosélytisme. L'auteur est certes végétarien, mais il ne condamne pas les viandards, allant jusqu'à avouer son respect pour les éleveurs qui s'occupent de leurs bêtes avec dignité, même si c'est pour les vouer à l'issue fatale. L'autre point très positif est de mêler habilement informations factuelles (statistiques, citations, explications de systèmes de pensée) et expériences privées (souvenirs d'enfance passée dans des fermes, réaction d'incompréhension face à certains "intégristes"...). J'ai par contre trouvé la partie sur les différents mouvements de réflexion sur l'éthique animale un peu aride. Personnellement, je ne trouve aucun intérêt à savoir si je suis welfariste antispéciste ou toute autre terminologie, tout ce qui compte, c'est d'avoir un comportement à peu près adéquat à ses idées. Je pense que ce genre de catégorisation ne peut que mener à des débats stériles et ériger des murs d'intolérance entre personnes qui, dans le fond, adhèrent toutes à la même cause. Mais d'un autre côté, j'ignorais tous de ces considérations philosophiques sur l'éthique animale et j'adore apprendre, donc, le bilan sur ce chapitre n'est pas négatif. Autre point qui m'a gênée (mais l'auteur n'y est pour rien), c'est la description du genre de menu que l'on peut trouver dans certains restaurants végétariens, celle d'aliments que j'appellerais "Canada Dry" (mais si, souvenez-vous, mes amis des années 70 ! ) : ça ressemble à du poulet, ça a le goût du poulet, mais ce n'est pas du poulet. Bref, si on est vraiment végétarien, quel plaisir peut-on avoir à déguster ce genre de plats ? Moi qui le suis vraiment devenue depuis peu, je n'ai pas du tout envie d'avoir dans mon assiette une "chose" qui me rappellerait un animal. Faut savoir ce qu'on veut ! Dans ce cas-là, ne me fustigez pas parce que je mange encore des crevettes ! Bref, le débat est loin d'être terminé, mais pour citer Aymeric Caron : "Toute prise de conscience me semble bonne, quel que soit le degré d'action auquel elle mène". Enfin un discours déculpabilisant !

En tout cas, un ouvrage passionnant, d'une écriture fluide et qui engage à la réflexion. Que demander de plus à un livre ?