Zab's Books

02 décembre 2014

Lectures de novembre

Christophe CHABOUTE. Tout seul. Delcourt. 368 planches

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Un homme vit seul dans un phare depuis 50 ans. Comment supporter la solitude ? (BOUM !!) Comment appréhender le monde extérieur ?

Un découpage très cinématographique pour un récit fort et empli d'humanité.

 

Chloé CRUCHAUDET. Mauvais genre. Delcourt. 160 planches

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Paul et Louise se marient, mais la Première guerre mondiale éclate. Pour échapper à l'enfer des tranchées, Paul se mutile et déserte. A la fin de la guerre, il doit néanmoins continuer à se cacher. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul devient Suzanne.

Bien plus qu'une simple histoire de travesti, cette BD met en lumière le traumatisme que créa la guerre dans le mental des hommes. Même sous les atours de Suzanne, Paul se révèle violent et extrême dans son comportement, jusqu'à l'issue fatale. Un récit passionnant, mais je n'ai pas adhéré au graphisme.

 

Pierre RAUFAST. La fractale des raviolis. Alma. 268 pages

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Une femme veut tuer son mari en l'empoisonnant avec un plat de raviolis. Mais l'arrivée du fils de la voisine va bouleverser l'ordre des choses. Ainsi qu'un souvenir de la femme. Alors commence une avalanche d'histoires, toutes reliées, telle une mise en abyme.

Un roman drôle et cruel, dont on croit qu'on ne verra jamais la fin. Des récits dans le récit dans le récit... Un style fluide et prenant. Coup de coeur ! Si la géométrie pouvait toujours être aussi jubilatoire !

 

Hiromu ARAKAWA. Silver spoon 8. Kurokawa. 182 pages

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Après sa défaite dans l'équipe de base-ball, Ichirô a disparu. Yûgo va apprendre que la mère du jeune homme est criblée de dettes et doit vendre sa ferme. Yûgo découvre ainsi la dure réalité financière du métier d'agriculteur.

Un rebondissement bienvenu, même si malheureux.

 

Makoto YUKIMURA. Vinland Saga 13. Kurokawa. 187 pages

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Arneis, Thorfinn et Einar sont emprisonnés suite à leur tentative de fuite. Ils doivent attendre le retour de maître Ketil pour connaître leur sanction. Mais à son retour, Ketil est devenu à moitié fou : le roi Knut l'a accusé de haute trahison pour s'emparer de ses richesses. Arneis, par sa grossesse, saura-t-elle apaiser son maître ?

Un dessin toujours magnifique, la folie guerrière et meurtrière des hommes. Ce manga est décidément à part dans la production actuelle par sa valeur historique et graphique (on peut conseiller dans le même genre "Thermae Romae" et "Cesare"). Dommage que le rythme de parution (un volume par an) soit si lent...

 

Kaede KOUCHI. Love so life tomes 4, 5 et 6. Delcourt

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Shiharu continue de s'occuper des jumeaux et les relations avec son employeur deviennent de plus en plus troubles.

Une kawaïtude totale, mais l'action traîne un peu en longueur. J'aimerais bien qu'ils se bisoutent, les deux là !

 

Aurélie NEYRET, Joris CHAMBLAIN. Les carnets de Cerise : Le dernier des cinq trésors (tome 3). Soleil. 72 pages

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Cerise s'est liée d'amitié avec Sandra, qui tient un atelier de reliure. Si elle sait magnifiquement s'occuper des ouvrages des autres, il en est un que Sandra n'a jamais réparé. De plus, Sandra semble avoir oublié des événements de son passé. Cerise va aider la jeune femme à se souvenir afin d'aller de l'avant.

Parfait pour les petites demoiselles ! Des personnages attachants, un très joli graphisme avec en alternance le journal de Cerise, une enquête. Un troisième tome égal aux deux premiers.

 

Evelyne BRISOU-PELLEN. Le Manoir : Nic et le Pacte des démons (tome 4). Bayard jeunesse. 430 pages

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Deux nouveaux fantômes arrivent au Manoir, mais par leurs propres moyens. Nic semble venir du Moyen Age, tandis que le mystère le plus complet plane sur l'identité de Suzanne. Liam est inquiet car Nic semble s'intéresser d'un peu trop près aux fantômes gris. Est-il à la recherche d'un gris en particulier dont il voudrait se venger ? Un seigneur ? Qui sacrifiait des enfants ? Et Suzanne, pourquoi une telle chape de culpabilité pèse-t-elle sur ses épaules ?

Malgré un début un peu lent, ce volume fourmille d'aventures en tout genre. On découvre aussi enfin l'identité du chef indien. Bref : vivement la suite en juin 2015 !

 

Neil POSTMAN. Se distraire à en mourir. Nova Editions. 254 pages

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Cet essai, écrit en 1985, montre de quelle manière la culture d'une nation peut péricliter. L'auteur considère deux hypothèses : celle d'Orwell qui, dans "1984", prédisait une manipulation, voire une suppression, de la culture via l'entité extérieure Big Brother. Et celle d'Huxley dans "Le meilleur des mondes" qui voyait que nous croulerions sous une telle masse d'informations que celles-ci perdraient leur valeur au point de devenir simple divertissement. Et c'est cette piste qu'explore Postman. Aux débuts des Etats-Unis, la population était alphabétisée à presque 100% (les pionniers étaient protestants et savaient lire la Bible et par conséquent, d'autres textes). Postman date le début du déclin avec l'apparition du télégraphe, qui, de par la vitesse de transmission de l'information, a fait perdre à celle-ci son importance et gagner en trivialité. Et rien ne s'est arrangé avec l'avénement de la télévision qui envisage toute information et toute forme de culture sous l'angle de la distraction (rentabilité oblige) : politique (le physique et la vie publique des politiciens sont plus importants que leurs idées), éducation (les programmes éducatifs doivent apprendre en amusant), religion (voir les télévangélistes), connaissances (sous forme de jeux, quiz...).

Passionnant car écrit de manière concise avec de nombreux exemples, cet essai fait aussi froid dans le dos. Car s'il concerne la culture américaine, force est de constater que ses théories se sont étendues à notre société. Et ayant été écrit en 1985, ce livre ne peut donc prendre en compte le bouleversement des nouvelles technologies (SMS, mails, Internet, réseaux sociaux) qui ont encore accéléré la vitesse de transmission des informations et qui déprécient leur valeur. Pas étonnant que certains mouvements actuels prônent un retour à la lenteur...

 

Paul VACCA. La petite cloche au son grêle. Livre de Poche. 168 pages

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Un adolescent vole le livre de la femme pour laquelle il ressent ses premiers émois amoureux. Proust. "Du côté de chez Swann". Quand sa mère découvre ce que lit son fils, elle ne peut cacher son enthousiasme. Elle-même grande lectrice, elle voit son fils devenir écrivain. Et l'arrivée de Proust dans cette famille de cafetiers va provoquer des remous dans tout le petit village du Nord.

Une écriture telle une madeleine trempée dans du thé : fine, délicate, subtile. Une relation mère-fils très émouvante et sensible. Un pied de nez au préjugé qui voudrait que la grande littérature ne soit réservée qu'à des puristes. Bref, une petite pépite pleine de délicatesse, la vraie !

 

Harry G.FRANKFURT. De l'art de dire des conneries. 10/18. 75 pages

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Ou comment la philosophie peut être drôle et décapante. Cependant, loin d'être un essai humoristique, cet ouvrage aborde des points importants de la question du langage, de la relation locuteur/auditeur, des rapports entre vérité et mensonge, des intentions et des effets. L'apport d'exemples est on ne peut plus bienvenu. J'aurais aimé que l'on m'enseignât la philosophie de cette façon, mais sur les trois années où j'aurais pu étudier cette matière, je n'ai eu en face de moi que des birbes pontifiants.

 

Jean-Philippe BLONDEL. 06h41. Pocket. 158 pages

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Le train Troyes-Paris de 6h41. Bondé. A son bord, une femme de 47 ans qui rentre chez elle après un week-end épuisant chez des parents vieillissants, perclus dans leurs habitudes. Il reste une place à côté d'elle. S'y installe un homme du même âge. Les deux se reconnaissent. Ils sont sortis ensemble quand ils avaient 20 ans et l'histoire d'amour s'est mal terminée. Chacun de leur côté, ils vont convoquer leurs souvenirs, faire le point sur leur vie. Sans se parler. Jusqu'à l'arrivée...

Mon premier roman "adulte" de Jean-Philippe Blondel et je reconnais tout son talent à inventer des personnages complexes, des vies, des destins, tout comme dans ses romans jeunesse. La même justesse de ton dans la description de la psyché humaine, de ses contradictions. Encore !

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03 novembre 2014

Le Manoir tome 3

BRISOU-PELLEN, Evelyne. Le Manoir : Alisande et le Cercle de feu (tome 3). Bayard jeunesse. 403 pages. 14,90€

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Une jeune fille arrive au Manoir. Liam est tout de suite aux petits soins pour elle, car il se rend compte qu'elle n'a pas encore compris qu'elle était un fantôme. Alisande semble porter une lourde culpabilité sur les épaules et ses vêtements attestent qu'elle est morte depuis pas mal de temps. Cléa en devient jalouse et insuffle la méfiance parmi les résidants. Parmi les derniers arrivants au Manoir : un Indien, qui refuse d'habiter à l'intérieur et un homme chauve et barbu, qui, par sa grande amabilité, n'éveille aucune inquiétude. Et pourtant...

Et ça continue ! Une suite toujours aussi passionnante, riche en événements heureux et malheureux. Liam va non seulement aller dans le monde des vivants, mais qui plus est dans le passé, afin de découvrir ce qui est arrivé à Alisande. Ce qui donne lieu à une leçon d'histoire (chassez le naturel... ;-) ) habilement enchâssée dans le récit. Pendant ce temps, le Manoir ne connaîtra pas de repos car un nouveau tueur en série (prénommé Désiré...) a pénétré les lieux et semble prêt à tout pour récupérer une âme. Encore beaucoup d'action donc (malgré quelques longueurs quand Alisande est avec l'Indien), de l'humour (le chien qui parle), de l'amour même.

Dès 12 ans

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02 novembre 2014

Moyasimon

ISHIKAWA, Masayuki. Moyasimon : Il était une fois les microbes (tome 1). Glénat. 218 pages. 9,15€

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Tadayasu Sawaki fait sa première rentrée à l'université d'agronomie de Tokyo. Etudes toutes prédestinées pour lui puisque, depuis l'enfance, il est capable de voir les micro-organismes (microbes, bactéries...) à l'oeil nu. Il est immédiatement pris en charge par le professeur Itsuki, un ami de son grand-père. Le professeur connaît la caractéristique de Sawaki et veut en profiter pour faire avancer ses recherches.

Un sujet très original pour un manga qui ne l'est pas moins : les bactéries (bonnes et moins bonnes), leurs actions sur le vivant (fermentation, putréfaction), leurs rôles dans l'agronomie. Je dois avouer que c'est parfois un peu difficile à suivre, mais 1°) je suis loin d'être une scientifique donc je pense que quiconque possède un peu de connaissances en SVT pourra s'en sortir 2°) les bactéries sont trop kawaï 3°) certains passages sont franchement drôles (l'étudiante de 3e année qui se la pète grave et dont on découvre qu'elle a une mycose plantaire) ou très dégueus (le kiviak ou la raie fermentée) et donneront un aspect attractif à un sujet plutôt sérieux. Je ne sais pas si mes petits cdistes suivront, les jeunes ados manquent parfois d'audace... A voir.

Dès 13/14 ans.

 

 

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31 octobre 2014

Mon père n'est pas un héros

LEON, Christophe. Mon père n'est pas un héros. Oskar jeunesse (coll. Court-Métrage). 45 pages. 6,00€

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Un texte court, mais fort, poignant, sur les événements survenus à la centrale de Fukushima en mars 2011, à la suite d'un tsunami. Une critique de la langue des bois des autorités et du sacro-saint sens de l'honneur japonais. Un an après les faits, le jeune Noriaki écrit une lettre au président de la TEPCO, la compagnie qui gérait la centrale nucléaire de Fukushima. Son père, ingénieur, est resté sur place malgré le danger et le fort taux de radiations, par honneur pour son pays. Il est mort six mois après. Le jeune garçon dénonce l'attitude des huiles qui ont qualifié ces hommes de héros alors qu'aux yeux de leurs proches, ils étaient plutôt des victimes, victimes d'une mentalité qui fait passer sa réputation aux yeux du monde devant l'humain.

Dès 12 ans.

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28 octobre 2014

Le Manoir tome 2

BRISOU-PELLEN, Evelyne. Le Manoir : Cléa et la Porte des fantômes (tome 2). Bayard jeunesse. 386 pages. 13,50€

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Décidément, les activités ne manquent pas au Manoir. Raoul, le majordome, a fort à faire avec un revenant de son passé, qui bouleverse l'architecture de la demeure. Liam décide d'aider Emmerance à trouver la paix, ce qui va l'amener à utiliser à nouveau la Carte d'éternité, au risque de ne plus pouvoir revenir. Mais c'est surtout Cléa qui va avoir besoin de lui pour savoir qui l'a enlevée, assassinée et pourquoi. Liam doit retourner dans le monde des vivants pour mener l'enquête et le résultat s'avérera bien triste pour Cléa. Et ce n'est pas la seule tâche qui attend Liam : un fantôme gris, dénommé Jacques, s'est enfui des Enfers, et étant donné sa véritable identité, il serait fort dommageable qu'il soit lâché dans la nature.

Cette série est complètement addictive ! Pas un moment de repos, les différentes enquêtes se suivant ou se chevauchant même. La petite histoire se mêle à la Grande, avec l'apparition d'un illustre tueur en série et de fantômes de princes anglais. De nouveaux "pensionnaires" arrivent au Manoir avec leur passé, leurs douleurs, remplaçant ainsi ceux qui ont eu la chance de partir ou de trouver la sérénité de l'âme. Je réitère la bonne critique que j'avais faite du premier tome; il est même rare, dans une série, que le deuxième tome soit encore plus passionnant que le premier. J'ai déjà bien avancé dans la lecture du tome 3, tout aussi prometteur, et je crois que je vais profiter de mes tout derniers crédits pour acheter le 4 avant la fin de l'année !

Dès 12 ans.

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17 octobre 2014

Sous la vague avec Hokusai

FERET-FLEURY, Christine. Sous la vague avec Hokusai. Oskar (collection Culture et Société). 79 pages. 9,95€

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La jeune Akiko est chargée d'une précieuse mission : apporter au grand peintre Hokusai le Bleu de Prusse qui fera sa réputation (entre autres). D'abord décidé à représenter le mont Fuji, au pied duquel il réside, Hokusai va finir par choisir de s'attaquer au motif de la vague. Ce sera sa plus célèbre estampe "La grande vague au large de Kanakawa".

Un petit livre bien malin, qui prend le biais de la fiction pour parler de l'artiste. Le style de l'auteur respecte bien la description du Japon traditionnel. Un dossier en fin d'ouvrage retrace la vie d'Hokusai, décrit le procédé de l'estampe et la découverte du bleu de Prusse. On y trouve aussi quelques reproductions des oeuvres évoquées dans le roman.

Un très bon ouvrage si vous souhaitez vous rendre à la grande expo Hokusai au Grand Palais avec vos enfants. "Mais si, c'est chouette, Hokusai ! Sans lui, il n'y aurait pas les mangas ! " (C'est la phrase que j'ai en tête pour persuader ma fille ;-) ).

De 9 à 109 ans.

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16 octobre 2014

Réparer les vivants

KERANGAL, Maylis de. Réparer les vivants. Editions Verticales. 280 pages. 18,90€

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Simon Limbres. 19 ans. Surfeur passionné. Accident. Mort encéphalique. Machine qui fait entrer l'air (l' "r") dans ses poumons, lui permettant de rester aux abords des Limbes. Coeur qui bat. Mais cerveau mort. Donc Simon mort. Donc coeur utile. Coeur qui remplacera, moins de 24h après le crash, celui d'une presque morte, comme lui dans le fond. Réparer les "vivants"...

Difficile  de donner un avis objectif sur un livre abordant des sujets pénibles tels que la mort (d'un ado, qui plus est), le don d'organes, le don de son enfant. La mort pour la vie. La vie par la mort. Ecriture sèche, tantôt clinique, tantôt gonflée de vie, longues phrases coupant le souffle. La description d'à peine une journée, cataclysmique pour tous ceux qui vont la vivre : médecins, infirmiers, coordonnateurs en tous genres, pilotes d'avion, conducteurs de convoi exceptionnel, patients, parents... Incroyable le nombre de personnes qui vont se passer ce coeur, comme s'il était un ballon de rugby. Un essaim, une ruche. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Même si dans la ruche, la reine est la Reine, elle n'est néanmoins au fond que pourvoyeuse de larves, futures ouvrières, futures travailleuses, les vraies reines des alvéoles. Simon n'est ici perçu que comme donneur d'organes, pourvoyeur de vie. Il faut voir la violence et la brutalité de la scène du prélèvement du coeur, du foie, des poumons, des reins, tous ces hommes avides de chair penchés au-dessus de ce qui n'est déjà plus à leurs yeux qu'une carcasse. il faut voir aussi comment les parents du jeune homme sont évincés du récit dès qu'ils ont énoncé la parole magique, le "oui" libérateur, enclencheur de toute une chaîne. Dès lors, leur fils ne leur appartient plus et ce n'est pas lui qu'on leur rendra le lendemain, mais un corps naturalisé. Seule once d'humanité : le rite funéraire accompli par Thomas Rémige, hommage au corps et à l'âme de Simon.

Comme on peut le voir, Maylis de Kérangal a réussi son pari : interpeller le lecteur, lui secouer les tripes. Néanmoins je n'ai pas vu ce roman comme un hommage à la vie, et je ne sais pas si c'est ce qu'elle a voulu en faire. J'avoue avoir été choquée et parfois en état de sidération totale devant certaines pratiques, certaines réactions. Et si ce récit ne m'a pas fait changer d'avis concernant le sort de mon propre corps si je devais me retrouver dans le même état que Simon (je l'exècre donc les grands manitous pourront en faire ce qu'ils veulent), pour ce qui intéresse mes proches, et surtout mon enfant, ce sera "non". Car "Réparer les vivants" est une fiction, certes admirablement bien documentée. Mais elle m'a donné à penser que la réalité du don d'organes est pour ceux qui restent bien plus brutale...

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09 octobre 2014

Le serment de Délos

HELLER-ARFOUILLERE, Brigitte. Le serment de Délos. Flammarion jeunesse. 126 pages. 5,60€

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Cydippé, jeune adolescente athénienne, se rend en pélerinage sur l'île de Délos, sanctuaire d'Artémis. Alors qu'elle est promise à Philippe, elle rencontre Acontios, un charmant jeune homme qui ne la laisse pas indifférente. Celui-ci, par un habile stratagème, réussit à lui faire dire la phrase : "Je jure de me marier avec Acontios". Or sur Délos, tout serment prononcé doit être respecté. Cydippé se retrouve face à un cruel dilemme, partagée entre son honneur et celui de sa famille et son amour pour Acontios.

Richement documenté, un roman idéal pour les 6e, qui en apprendront beaucoup sur la civilisation de la Grèce antique : la place des hommes et des femmes, la religion, la vie à Athènes, le statut des étrangers... On peut d'ailleurs reprocher à ce livre d'adopter un ton plus didactique que purement récréatif (voir les nombreuses notes en bas de page), mais la narration des chapitres étant distribuée en alternance aux différents personnages, la lecture repart à chaque fois sur de nouvelles bases.

En prime, une très belle couverture de François Roca...

Dès 11 ans.

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08 octobre 2014

Et à la fin il n'en restera qu'un

LUCIANI, Jean-Luc. Et à la fin il n'en restera qu'un. Rageot (collection Thriller). 276 pages. 9,90€

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Dix délinquants mineurs, tous condamnés à la prison à vie, sont recrutés pour participer à une nouvelle émission de télé-réalité. Enfermés au château d'If, ils seront rééduqués par un éducateur, une institutrice et une psychologue, et le moins convaincant de la semaine sera choisi par les téléspectateurs. Il sera alors traqué par des killers le samedi soir, en direct, de 21h à minuit. S'il en réchappe, il aura une immunité pour la semaine suivante. Sinon... Au bout de quelques semaines, un des participants découvre un moyen de s'échapper. Commence alors une nouvelle chasse à l'homme.

Télé-réalité de plus en plus glauque pour des spectateurs toujours plus difficiles à contenter, sensationalisme, corruption, soif de bénéfices croissante, désacralisation de l'humain... Tous les éléments d'un futur radieux sont dans ce polar d'anticipation. Qui sera sûrement intéressant pour montrer aux jeunes d'aujourd'hui le futur probable de la télé qu'ils regardent déjà maintenant. Las, pour l'adulte que je suis, les références trop présentes au "Running man" de Stephen King, au film "Le prix du danger", et autres oeuvres futuristes pessimistes gâchent le plaisir. Sans compter une écriture assez plate. Sympa si vous êtes jeune ou/et sans les références culturelles ad hoc.

Dès 14 ans.

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07 octobre 2014

Bacha posh

ERLIH, Charlotte. Bacha posh. Actes Sud junior. 181 pages. 13,50€

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Il est une coutume en Afghanistan : si une femme ne parvient à engendrer que des filles (car on sait bien que c'est la faute de la femme, dans ce cas-là, n'est-ce pas ?), une de ces filles est choisie et élevée comme un garçon (dans le secret familial). Jusqu'au moment fatidique de la puberté, où elle redevient femme. Farrukh a 15 ans, il a une bande d'amis, mais surtout il se passionne pour l'aviron. Barreur de son équipe, il rêve de l'emmener aux Jeux olympiques. Mais un jour, alors qu'il se douche, l'eau rougeoie à ses pieds. Farrukh doit redevenir Farrukhzad. Finies la lecture, l'écriture, les sorties dans la ville le visage au grand air, mais surtout fini l'aviron. Farrukhzad se rebelle, son équipe est qualifiée pour une grande compétition internationale, hors de question d'abandonner et de rester cloîtrée à la maison, cantonnée aux tâches ménagères.

Je n'ose imaginer les dégâts psychologiques que doit provoquer cette pratique des bacha posh. Jouissant de la plus grande liberté pendant 10 ans, celle réservée aux hommes, la plus élémentaire dans nos sociétés occidentales (sortir sans chaperon ni burqa, apprendre à lire...), ces jeunes filles, qui ont eu le temps d'intégrer leur identité masculine, doivent y renoncer à l'arrivée des premières règles. Renoncer d'un jour à l'autre à l'indépendance et l'autonomie, (re)devenir un être soumis, caché. Mais ce que ce roman met aussi en lumière, c'est le fait que cette situation est aussi difficile pour le père, qui perd un fils (même s'il en retrouve un autre dans la foulée, puisque la petite soeur de Farrukh devient bacha posh). Les hommes aussi sont limités dans leur liberté : interdiction de boire de l'alcool, obligation d'épouser une femme qu'ils n'ont pas choisie...

Un roman court, qui alterne les formes de récit (narration extérieure, journal intime...), sur les relations homme-femme en Afghanistan, la place de chacun dans la société, le poids de la religion et de la tradition, du qu'en dira-t-on, la liberté dans ce qu'elle a de plus précieux.

Dès 14 ans.

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